Éoliennes : et si c’était du vent ?

Éoliennes : et si c’était du vent ?

Publié le Mardi 20 décembre 2005 dans Le Soir, page 1, édition Namur/Luxembourg

Auteurs: CONDIJTS,JOAN

Les éoliennes ne polluent pas. Mais faute de vent, on sollicite les centrales. Et le bonus écologique s’envole, dit un chercheur.

Le point de vue peut paraître iconoclaste : au-delà de 350 éoliennes produisant au total 700 mégawatts, l’avantage écologique généré par les moulins à vent disparaît purement et simplement. Ainsi parle Joris Soens, docteur en sciences appliquées de la KUL.

Le raisonnement est simple. L’avantage des éoliennes est de produire de l’électricité sans générer de gaz à effets de serre. Mais le vent est capricieux et les hélices ne fonctionnent pas en permanence. Conséquence : pour répondre à la demande, il faut solliciter les centrales électriques qui, elles, sont polluantes, à l’exception des installations nucléaires. Soens a fait le calcul : au-delà de 700 mégawatts, le bénéfice écologique est perdu.

Inutile de préciser que les mouvements écologistes ne partagent pas cette démonstration. Le débat est ouvert.

L’excès d’éoliennes nuit

Energie Selon une étude, la Belgique ne pourrait absorber plus de 350 moulins

Si la puissance du parc éolien belge dépasse 700 mégawatts, le bénéfice écologique sera nul.

La réduction potentielle des émissions de CO2 par le biais des éoliennes est estimée à 4 % des émissions totales du parc électrique belge. Ceci se réalise lorsque l’électricité éolienne atteint 5 % (soit 700 mégawatts) du parc de production belge. » La semaine dernière, Joris Soens a été fait docteur en sciences appliquées de la « Katholieke universiteit Leuven » (KUL). Notamment sur base des deux taux précités et de la conclusion qu’il en tire : « Plus d’éoliennes ne se traduit pas par plus de réduction d’émissions à cause du plus haut niveau de fiabilité requis… »

Selon Joris Soens, la Belgique ne pourrait accueillir que 350 éoliennes d’une puissance moyenne de deux mégawatts, soit au total 700 mégawatts. L’addition des moulins construits et des hélices en projet sur le sol et dans les eaux belges crève ce plafond. Conséquence : l’avantage écologique que génèrent les éoliennes disparaît.

Le bénéfice de la production d’électricité via des moulins à vent résulte de l’absence de rejets de gaz à effets de serre (CO2). Le défaut de cette énergie – hormis son coût qui demeure actuellement plus élevé que les énergies fossiles – naît de l’inconstance : le vent ne souffle pas en permanence ; une hélice qui ne tourne plus ne produit plus d’électricité. Si le confort interdit une telle éventualité, le réseau électrique la rejette radicalement sous peine de péricliter : l’équilibre entre offre et demande de courant se doit d’être permanent.

Solution : compenser les manquements éoliens par l’augmentation de production des centrales électriques qui ne sont pas soumises aux caprices des éléments. Des installations (nucléaire exclu) qui produisent des gaz à effets de serre.

Selon Joris Soens, en Belgique, les effets de cette compensation annulent les gains écologiques des éoliennes au-delà de 700 mégawatts : « L’incertitude concernant la production immédiate d’électricité sera plus importante qu’auparavant. Il faudra faire davantage appel aux autres installations et dès lors la consommation totale de combustible et les émissions de CO2 de toutes les centrales électriques réunies seront plus importantes que s’il y a moins d’éoliennes dans le réseau », explique-t-il.

Des conclusions qui ont provoqué l’ire d’associations écologistes : « Si on regarde des pays où il y a plus d’éoliennes comme au Danemark ou en Allemagne, ce modèle théorique ne se vérifie pas », avance Karen Janssens, de Greenpeace. Un argument réfuté par le docteur : « Au Danemark, les acheteurs profitent de la bourse scandinave de l’électricité pour compenser tandis qu’en Allemagne, le nombre élevé d’éoliennes a déjà engendré des situations dangereuses pour le réseau. Le risque de panne est élevé », estime-t-il.

« Ma thèse ne conclut pas qu’il faut limiter le nombre d’éoliennes à 350 unités en Belgique, continue-t-il. Mon travail vise plutôt à dire qu’il faut réfléchir aux conséquences de l’énergie éolienne et à leur gestion : les fluctuations du vent seraient, par exemple, plus facilement gérables si on disposait d’un réseau électrique européen. Le risque de discontinuité du vent se répartit sur un plus grand territoire. »

Selon les calculs de Joris Soens, le territoire belge n’offre pas une telle sécurité : grossièrement, lorsque le vent cesse de souffler à Ostende, une heure après, il se taira à Arlon. Une meilleure interconnexion des réseaux électriques européens permettrait de contourner cet inconvénient.

En Belgique, en 2004, les éoliennes ont représenté 0,5 % de la consommation électrique du pays. L’objectif est d’atteindre 3 % en 2009. Un défi qui implique des inconvénients techniques à ne pas négligeable